Mission en Arménie du 5 au 9 avril 2025 organisé par l’Institut des Droits de l’Homme du Barreau de Montpellier et le Barreau de Montpellier
Préparation et départ :
Le voyage, préparé longtemps à l’avance avec réservations anticipées pour réduire les coûts, concernait une délégation composée de Me Pierre Lafont (Bâtonnier de Montpellier), Me Marie-Pierre Vedel-Salle, Me Michèle Tisseyre, Me Naïra Zoroyan, Mme Gohar Galustian et Me Amine Faraj.
La veille du départ (4 avril 2025), tout semblait en ordre, hormis un léger changement d’horaire. Cependant, le matin du départ, le vol Montpellier–Paris fut annulé. Air France proposa alors deux itinéraires alternatifs (via Varsovie ou via Amsterdam et Vienne). Grâce à l’intervention du Bâtonnier, la majorité de la délégation prit un TGV pour rejoindre Paris et maintenir le vol Paris–Erevan prévu à 18h. Une membre dut toutefois renoncer au voyage après avoir oublié son passeport à Montpellier.
Le vol Paris–Erevan s’est ensuite déroulé sans incident, malgré un service à bord jugé médiocre.
Dimanche 6 avril – Découverte culturelle :
La première journée fut consacrée à une immersion dans le patrimoine historique culturel et naturel arménien.
Le site fortifié de Garni


La vallée de Garni et la « Symphonie des pierres »



Le monastère de Geghard (Geghardavank)


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Le monastère de Sevanavank et le lac Sevan


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Lundi 7 avril – Journée institutionnelle :
Matin : Rencontre avec le Barreau d’Arménie
· Réunion officielle avec le Bâtonnier Simon BABAYAN et les membres du Conseil de l’Ordre du Barreau
arménien.
· Discours d’accueil solennel mettant en lumière l’amitié entre nos deux institutions.
· Réponse de Monsieur le Bâtonnier de Montpellier, confirmant cette amitié et offrant le soutien du Barreau
de Montpellier à ses confrères arméniens.


Le Barreau de Montpellier a remis une statue du début du XXe siècle symbolisant la Victoire.

· Échange de présents :
o Le Barreau d’Arménie a offert une œuvre représentant la Sainte Lance.
Ensuite, Monsieur le Bâtonnier a animé une formation à l’intention des élèves avocats sur les
relations entre avocats et magistrats, devant un auditoire d’une trentaine d’étudiants dans le
cadre de leur formation initiale. Cette session s’est tenue à l’Ordre des avocats, en présence du
président de l’Académie des avocats.



Une visite de l’Académie a été organisée par son président et à l’issue, une demande formelle a
été formulée par les autorités arméniennes afin d’organiser des stages à Montpellier pour
certains élèves avocats d’Erevan, dans une perspective de coopération durable.


Après-midi _ Visite à l’Académie de la magistrature :
La délégation a été reçue par le Recteur de l’Académie. Un échange fructueux s’est engagé sur
les pratiques de formation des magistrats. Le Recteur nous a livré le grand intérêt pour la visite
de notre délégation et pour l’intérêt pour les relations avec la France.
Il est important de souligner qu’en Arménie, les magistrats suivent une formation théorique à
l’Académie, complétée par des stages pratiques dans les juridictions, sans interaction
institutionnalisée avec la profession d’avocat.


Maître Michèle TISSEYRE a présenté une intervention sur les mécanismes de résolution des
incidents d’audience entre avocats et magistrats en France, suivie d’un débat avec une
vingtaine de magistrats, dont plusieurs issus de la Cour d’appel. L’auditoire s’est montré
vivement intéressé, bien que certaines questions aient révélé certaines différences culturelles :
l’étonnement quant au rôle du Bâtonnier en France dans le règlement des conflits entre
avocats et magistrats à l’audience ; la suggestion par certains magistrats arméniens de créer un
système d’évaluation des avocats, en fonction de leurs résultats sur les dossiers des clients, dans
le but explicite de décourager les avocats qui engagent trop souvent, selon ces magistrats, leurs
clients dans des causes manifestement très aléatoires.

Mardi 8 avril – Deuxième journée de travaux : UFAR et concours de plaidoirie
Rencontre avec la rectrice de l’UFAR et la doyenne de la faculté de droit
La délégation a été chaleureusement accueillie au siège de l’Université française en Arménie
(UFAR). Une séance de travail introductive s’est tenue avec Madame Salwa NACCOUZI
Rectrice et Madame Garine HOVSEPIAN la Doyenne de la faculté de droit afin d’organiser le
déroulement du concours de plaidoirie.



Concours de plaidoirie sur les droits de l’Homme
Ce concours, à présent inscrit comme un moment fort de la coopération entre l’UFAR, l’IDH et
le Barreau de Montpellier, réunissait cette année :
· 4 équipes étudiantes issues des niveaux Licence 2, ainsi que des diplômés de Master II ;
· Des jurys composés d’enseignants de l’UFAR, de membres de l’Académie des avocats
d’Arménie et de membres de notre délégation.
Cas pratique proposé :
Une affaire fictive dans un État imaginaire, le « LOVESTAN », où la liberté d’expression se
heurte à des restrictions imposées en raison d’un climat d’antisémitisme et de racisme. L’affaire
portait sur l’interdiction administrative de représentation d’une pièce de théâtre jugée
controversée.
Deux équipes ont plaidé en requête devant la Cour européenne des droits de l’Homme pour
obtenir l’annulation de l’arrêté. Deux autres équipes ont défendu la position du gouvernement,
arguant de la nécessité de prévenir les troubles à l’ordre public et de lutter contre les discours de
haine.
Les étudiants ont démontré une solide maîtrise du droit européen des droits de l’Homme,
s’appuyant notamment sur :
· Les articles 10 et 17 de la Convention européenne,
· Une jurisprudence pertinente de la Cour EDH.
Appréciation des jurys :
Les prestations orales ont été remarquables, tant par la qualité de l’expression en français que par la
pertinence de l’argumentation juridique. Les mémoires rédigés en amont ont été évalués par
Madame Gohar GALUSTIAN, maître de conférences et membre de l’IDH, qui a salué le haut
niveau de rédaction.
Une difficulté a surgi lors de la phase éliminatoire, les jurys n’étant pas parvenus à départager deux
équipes de défenseurs. Il a été décidé que la finale mettrait en concurrence une équipe requérante
face aux deux équipes de défense.
Les plaidoiries finales ont été jugées d’un excellent niveau.



Récompenses :
· Une équipe a été désignée comme meilleure équipe du concours ;
· Deux étudiantes ont été distinguées comme meilleures plaideuses ;
· Ces deux lauréates sont récompensées par un stage de 4 semaines à Montpellier, financé par
l’IDH et le Barreau de Montpellier ;
· En plus des stages, les équipes gagnantes ont été récompensées par des cadeaux (livres
juridiques, réduction sur les frais d’inscription à l’Académie des avocats d’Arménie, réduction
sur les frais d’inscription au Barreau d’Arménie, …)
À noter que devant l’excellence générale des prestations, Monsieur le Bâtonnier a décidé
d’attribuer un deuxième prix exceptionnel du 2e meilleur plaideur, également sous forme de
stage à Montpellier.
Voir un article publié dans le journal francophone le Courrier d’Erevan : https://courrier.am/fr/edition-2025-du-concours-francophone-de-plaidoirie-sur-les-droits-humains



Mardi 8 avril – dans l’après-midi : Mémoire et recueillement
Visite du Mémorial du génocide arménien
L’après-midi de cette deuxième journée s’est poursuivie par un moment de profonde émotion et
de réflexion historique : la visite officielle du Mémorial du génocide arménien, situé sur les
hauteurs d’Erevan.
La délégation a été guidée à travers le musée du génocide, dont les expositions, d’une rigueur
documentaire exceptionnelle, retracent les persécutions, les déportations et les massacres subis
par le peuple arménien entre 1915 et 1923. Photographies, documents d’archives, témoignages
et objets personnels offrent un récit saisissant, souvent bouleversant, de cette tragédie humaine.
À l’extérieur, nous nous sommes rendus au mémorial, où trône la flamme éternelle au centre de
douze stèles de basalte symbolisant les provinces martyrisées de la grande Arménie. La
délégation s’est recueillie solennellement devant la flamme, dans un silence empreint de gravité
et de solidarité.
Ce moment, intensément chargé d’émotion, a été unanimement ressenti comme un des instants
les plus forts du séjour. Il a renforcé, dans les esprits, l’engagement commun à la défense
universelle des droits de l’Homme et à la lutte contre tous les génocides, toutes les formes de
négationnisme, de racisme ou de haine.
« Plus jamais ça »
Cette visite restera gravée dans la mémoire des participants comme une expérience
bouleversante et essentielle, un appel à la vigilance, à l’action et à la mémoire collective.



Rencontre avec Son Excellence l’Ambassadeur de France en Arménie
La mission s’est conclue par une rencontre diplomatique de haut niveau à la Résidence de
France avec son Excellence, Monsieur Olivier DECOTTIGNIES, Ambassadeur de France
en Arménie.

Les échanges ont porté sur les thèmes suivants :
1
-Situation géopolitique régionale et les droits de l’Homme
· L’Arménie demeure dans une zone d’instabilité, en l’absence de signature d’un traité de paix
avec l’Azerbaïdjan.
· L’Ambassadeur a souligné la pression exercée par le voisin azéri, soutenu par la Turquie,
Israël et le Pakistan.
· La France joue un rôle crucial, notamment dans le soutien à la sécurité arménienne
(livraisons d’armes et formations militaires).
· L’Inde apparaît également comme un acteur stratégique en matière de coopération militaire
avec Erevan (vente d’armes, l’Arménie est le 1er client d’Inde pour l’achat des armes).

2 Économie et attractivité des investissements
À la question du Bâtonnier sur les opportunités d’investissement pour les clients du Barreau de
Montpellier, l’Ambassadeur a répondu favorablement. Il a identifié plusieurs secteurs porteurs :
· Agriculture : notamment la viticulture. L’Arménie possède près de 300 cépages autochtones,
dont certains sont inconnus en France.
· Nouvelles technologies : l’Arménie est très développée en matière de NTIC.
· Énergies renouvelables : notamment l’énergie solaire et les projets novateurs de panneaux
flottants sur le lac Sevan.
· Tourisme : l’Arménie se tourne vers le tourisme, forte de ses sites remarquables, elle est
intéressée par le rapprochement avec les collectivités territoriales françaises, à titre d’exemple la
jumelage signé entre le site de GARNI et la maison Carré à NÎMES.
· Santé : malgré un système public en difficulté, le secteur privé connaît un développement
important. Un projet de mutuelle universelle avec une compagnie d’assurance française est en
discussion.

3 Formation des magistrats et souveraineté constitutionnelle
La France continue de soutenir l’Arménie, une coopération pour la formation des magistrats
arméniens va commencer, en lien entre le ministère de la Justice et l’Académie de la magistrature
en Arménie.
Toutefois, concernant le projet de rédaction d’une nouvelle Constitution en Arménie, la France
a exprimé sa volonté de ne pas interférer, par respect pour la souveraineté de l’État arménien.

Le déplacement en Arménie, organisé par l’Institut des droits de l’Homme (IDH) et le Barreau de Montpellier, a constitué une mission juridique, académique, économique, francophone et humaine majeure.
Cette mission a permis de renforcer les liens de coopération et d’amitié entre les institutions judiciaires, universitaires et diplomatiques d’Arménie et celles de Montpellier, contribuant ainsi à rapprocher durablement les deux pays.
Le dialogue entre professions du droit s’est révélé essentiel pour partager les pratiques, enrichir les savoirs et mieux défendre les droits fondamentaux.
Malgré des moyens modestes, le Barreau de Montpellier s’affirme comme un partenaire fidèle et reconnu en Arménie depuis 2018, son engagement étant perçu comme un acte fort de solidarité et d’espoir dans un contexte régional fragile.
Pour les avocats montpelliérains, cette mission illustre le rôle international de la profession : promotion de la francophonie, diffusion des valeurs de l’État de droit et défense des libertés fondamentales.
Elle confirme la vocation du Barreau de Montpellier comme acteur de justice, de paix et de fraternité sur la scène internationale.
Pour l’Institut des droits de l’Homme, cette action concrétise l’universalité des droits fondamentaux à travers des concours, formations et échanges académiques, tout en rappelant l’importance de la mémoire, de la pédagogie et de la vigilance dans leur défense.
Enfin, cette mission s’inscrit dans une vision moderne du rôle de l’avocat, alliant coopération, formation, développement économique et influence éthique.
Elle ouvre la voie à de nouveaux partenariats (stages, formations croisées, investissements juridiques et économiques) entre la France et l’Arménie.

